Drôles de dames, drôles de drames - Séverine Galus
     
Drôles de dames, drôles de drames
Il existe des rencontres improbables. Des personnes a priori loin de notre « petit monde », de notre vie, et qui pourtant se retrouvent un jour sur notre chemin. Ce jour de janvier 2017, j'avais prévu de partir à la découverte des vignobles de la région du Cap, en Afrique du Sud. Le hasard en a décidé autrement.

C'est en traversant The Company's Garden pour rejoindre le point de départ de mon excursion viticole, que j'ai fait la rencontre de Coco et Jayseleen. Marchant dans l'allée centrale du parc, j'ai croisé ces deux « Drôles de dames » aux allures de « Pretty Women » en train de s'esclaffer en tenant à bouts de bras des robes roses qu'elles s'imaginaient porter. Face à mon étonnement amusé, Jayseleen et Coco m'ont interpellée. « What do you think darling. Nice dress ? » Trois autres personnes riaient allongées dans l'herbe. D'autres fanfreluches débordaient de grands sacs plastiques, des couvertures, des sacs de couchages, des bouts de cartons... J'ai vite compris qu'il ne s'agissait pas d'un déjeuner sur l'herbe entre amis, mais du campement de fortune d'un petit groupe hétéroclite appartenant à priori à la communauté LGBT (Lesbian, gay, bisexual, transgendered)

Trahie par mon accent français, je devins à mon tour le centre d'attraction. J'ai alors la confirmation qu'ils sont sans abris. Ils/elles m'ont expliquée qu'ils sont une dizaine de « frères et soeurs », gays, lesbiennes, transgenres, à vivre dans la rue. Ils forment une « famille », s'entraident, se soutiennent, prennent soin les uns des autres, car ils sont toutes et tous porteur du VIH. Je leur ai demandés si je pouvais les photographier, leur ai demandés comment ils sont devenus des sans-abris. Les raisons sont variées, les histoires aussi mais sommes toutes assez classiques : rejet par la famille, toxicomanie, prostitution... Les langues se sont déliées, la confiance s'est instaurée, je me suis mise à les photographier. Et le temps passa. Mon escapade dans les vignobles était oubliée quand il fût l'heure pour mes nouveaux amis d'aller prendre leur repas au dispensaire. Coco me proposa de les accompagner. Après le repas, Jayseleen, originaire de Durban, me fit part de ses angoisses. Sa santé avait soudainement décliné. Elle avait peur. Mais plus que de mourir, elle a surtout peur d'être retrouvée sans vie et jetée sans aucune cérémonie dans la fosse commune de la ville. Jetée et oubliée, comme s'il/elle n'avait jamais existé.
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